Posted by: bastien | September 21, 2008

Iles Kouriles – De Kurilsk à la Baie d’Odesskiy

Quand nous nous reveillons au matin, il pleut. En fait il a plu pas mal toute la nuit. Le brouillard est aussi assez epais. Mais il peut pleuvoir tant qu’il peut, aujourd’hui nous n’avons pas de montagnes a grimper ni de forets a explorer. Non, aujourd’hui on rentre a Kurilsk pour repartir demain plus au sud, vers la baie d’Odesskiy.

Apres un petit-dejeuner copieux (comme toujours avec Valentina!), la pluie s’arrete doucement et nous pouvons demonter les tentes sans qu’elles ne soient trop mouillees (j’ai bien seche le double toit). Qu’importe, ce soir nous pourrons les secher a l’hotel. Oui car ce soir nous allons passer la nuit dans le seul hotel de Kurilsk!

Une connaissance contactee par Valentina arrive sur les coups de 10 heures pour nous ramener a Kurilsk. Il est kirghize (!) et possede uns gros vehicule tout terrain avec suffisamment de place a l’arriere pour nous embarquer tous et nos gros sacs (enfin… surtout LE gros sac de Frederik!).

Une fois a Kurilsk, soit une petite heure de route sur un chemin tres caillouteux et inondee de flaques interminables, nous posons nos affaires a l’hotel, sorte d’auberge construite en tole mais qui s’avere tres confortable a l’interieur. On a meme une cuisine ou nous pouvons faire nos repas, un peu comme dans un backpacker d’Oceanie. Christian et moi sommes dans la meme chambre, et la premiere chose que nous faisons, c’est d’y etaler nos tentes pour les faire secher.

Ensuite nous partons faire un tour en ville. J’aurai le temps de decrire Kurilsk plus en detail, et sous une meteo plus clemente, dans un prochain post, donc j’ai volontairement choisi les photos les plus representatives de cette journee, pas forcement les plus interessantes de la petite bourgade.

Kurilsk est vraiment minuscule en fait, on en fait vite le tour. Les constructions sont presque toutes en bois, avec de rares batiments construits en dur. Nous avons note Frederik et moi la surabondance d’epicerie proposant toutes la meme chose, exactement la meme chose, a commencer par de la tres dispensable junk-food. La ou on etait en droit de se demander avant d’arriver si les etals seraient bien garnis dans un tel endroit, la reponse fut cinglante autant que surprenante : il y a de tout dans ces magasins, charcuterie, produits frais, pains, oeufs, fromage, poisson… Les fruits et legumes sont rares par contre. Mais alors niveau alcool et junk-food, c’est Byzance! Pas d’inquietude, meme a Kurilsk tu peux trouver tes Pringles et ton Coca!

En fait la seule difference entre les innombrables petites echoppes, ce sont les caissieres. Certaines sont plutot jeunes et vraiment tres jolies, d’autres sont d’accortes campagnardes aux bras dodus. Invariablement des femmes, les hommes doivent etre a la peche, ou assignes a une quelconque base militaire (gardes-cotes, etc.).

Kurilsk a sa petite eglise, son bar ouvert le vendredi soir uniquement, et meme sa statue de Lenine. Hautement symbolique, car au milieu d’un champ dont on voit qu’il n’a pas ete entretenu depuis fort longtemps.

Vers la cote, nous surprenons Christian, Frederik et moi, des pecheurs dans un bassin en train de remonter des poissons (saumons) et les charger dans un camion.

L’operation se passe comme ci-dessous : le filet de poisson est hisse sur le portique au moyen d’un treuil, les deux hommes sur le portique vident ensuite le contenu dans la benne du camion. Et voila. Direction l’usine. D’une valeur derisoire ici, si par hasard ces poissons atteignent Sakhaline, le reste du pays, puis pourquoi pas les marches au Japon, leurs prix devraient etre multiplier par un facteur 100. Le Japon c’est le jackpot pour ces pecheurs, surtout les crabes et etoiles de mer comme celles que nous avons pu deguster sur le ferry qui nous a amene ici.

Nous avons aussi remarque cette camionnette qui fait des allers-retours incessants entre divers points de la ville. On dirait une ambulance, mais je doute que cela en soit une en vraie…

Bon et sinon, nous avons profite de la fin de la journee pour faire un point sur les activites des jours a venir : on part demain pour un endroit tres recule, la Baie d’Odesskiy (pas sur de l’orthographe), ou nous allons passer une semaine environ en pleine nature. Valentina a fait quelque courses que nous nous repartissons dans les sacs. La nuit tombe, et apres une bonne biere (oui oui, meme moi… ^^!) dans la cuisine de l’hotel
, nous allons finalement nous coucher.

—————–

Le matin, je suis reveille par les corbeaux. Sinistre? Non pas tellement, le ciel est degage sur toute une moitie nord, et le reste des nuages ne devrait pas tarder a deguerpir non plus. Le petit-dejeuner est solide : saumon, pommes de terres, porridge, the, cafe. Mais on va en avoir besoin.

En fait, heureusement que le jour de pluie etait hier, journee repos, plutot qu’aujourd’hui car nous aurions eu bien des problemes pour arriver la ou nous en sommes ce soir. Nous avons cmmence par une viree en voiture sur la seule “route” de l’ile ou presque, que nous avons suivi jusqu’a son extremite, quelques dizaines de kilometres au sud ouest.

Les paysages qui defilent sont tres sauvages, rudes et varies. Notre pilote est etabli sur l’ile maintenant, mais il vient originellement du nord Kazakhstan, une region ou l’allemand est parle et compris pour des raisons historiques (j’ignore les details, mais je crois tout simplement qu’une petite population d’Allemands se sont etablis la au cour de l’histoire). Sa famille est retourne vivre au Kazakhstan, mais lui est tombe amoureux de l’ile et a decide de rester. Honnetement, je le comprend un peu, meme si parfois le temps doit etre long ici, en hiver.

C’est en tout cas un excellent pilote qui fait preuve d’habilete avec les nombreux cahots qui jalonnent la route. On a bien roule deux heures et demi comme ca, avec un arret pour resserrer les ecrous d’un pneu qui commencait a partir…

Ces paysages me rappellent un peu l’Ile de Rebun, au nord Hokkaido.

Toujours ces sortent de pins un peu bizarres, un peu decoiffes par le vent.

Nous passons aussi devant des vieux chars de l’armee abandonnes. Une vision un peu fantomatique du passe recent.

Pour donner une idee de la taille… Andrew est alle verifie l’interieur de la cabine : c’etait plein de cartouches a ce qu’il parait.

J’aime beaucoup ces montagnes en fond, a gauche. Puis la ligne d’arbres au moyen plan, et la route, a droite.

Voila le bout de la route. Mine de rien on a bien mit plus de deux heures pour arriver la, et d’apres le GPS de Frederik, on a pas fait plus de 60 kilometres. Juste, la route est dans un tel etat… Au bout de cette route se trouve un tout petit village, une zone militaire. L’acces n’est pas interdit, mais il vaut mieux eviter d’aller deconner quoi.

De cette roulotte sort Sasha, qui va etre notre guide pour la suite. C’est lui a gauche sur la photo. Sasha est forestier, et il va etre avec nous en fait tout du long quand nous serons dans la zone du volcan Atsonupuri.

Nous prenons nos sacs a dos, et c’est parti. A pied maintenant, pour environ 2 heures vers le sud, en suivant plus ou moins la cote. Ci-dessous vous pouvez voir un peu mieux le petit port de peche que nous contournons (nous venons de la droite) :

Parfois on se demande vraiment si on a pas quitte la Terre. On est passe par une variete incroyable d’environnements : plages, plateux sur falaises, montee a pic dans la foret de cedres, descente, etc.

Quand on regarde vers l’interieur des terres, on est un peu a contre jour, mais on arrive quand meme a en prendre plein la vue. Franchement la, c’est sauvage de chez sauvage. Vraiment on se regale, et en plus il ne pleut pas!

Iturup_Wilderness

Au loin vous pouvez voir notre destination, le but a atteindre ce soir : le Mont Atsonupuri! On apercoit ses flancs sur la gauche de la photo ci-apres :

Ah oui et je me demandais pourquoi Sasha avait un fusil avec lui, la reponse coule de source juste en dessous :

Bon celui la a l’air petit. N’empeche. N’EMPECHE QUOI.

Le chemin que nous avons suivi coupe a travers la foret sur le plateau dominant la mer sur la photo ci-dessus. Apres cette foret nous sommes descendus a pic et avons rejoins la plage, pour quelques centaines de metres, avant de remonter.

Ca pour remonter, on a remonte! En fait il y avait une corde a laquelle nous nous sommes agrippes pour nous hisser. C’etait… glissant et vertical. Je suis passe juste apres Sasha en regardant bien ou il a pose les pieds. Sur la photo ci-apres on peut apercevoir Andrew en train d’achever les derniers metres, en bas, a droite.

Voila, nous continuons nos peregrinations sur ce plateau… C’est en la parcourant qu’on se rend compte que Iturup est vachement grande en fait (200 kilometres en longueur).

Nous arrivons finalement a notre destination, un tout petit hameau de pecheur ou nous sommes tres chaleureusement accueillis par Felix, le proprietaire des lieux.

Felix est originaire d’ Ossetie du Nord. Il a rachete le site il y a quelques annees, et vient ainsi chaque ete superviser la peche pendant 3 mois environ. Des pecheurs sont la en fait, mais en mer pour la journee. Felix nous accueille dans la cuisine de la seule maison qui a l’air en dur ici.

La porte d’entree est en fait a moitie condamnee par un mur de parpaings. Felix nous explique que c’est pour eviter que les ours ne viennent vider les reserves de nourritures. En fait deux gros chiens dans leurs enclots situes un peu a l’interieur des terres gardent le hameau en aboyant au moindre bruit.

A table, nous nous regalons de saumons, de khaviar (ikura japonais ou ikkra en russe). Tout ca est en abondance ici, les navires reviennent charges a bloc chaque soir. Le hameau sert en fait de relais pour les pecheurs qui amenent leurs cargaisons sur de gros bateaux-usines qui restent au large, et qui sont la seule solution de congelation pour les poissons. C’est Felix qui nous explique tout ca.

Il y a aussi du miel, dont je me fais une bonne tartine. Mine de rien notre petite rando nous a creuse la. Du miel des Iles Kouriles, mouarf! C’est tres bon!

L’endroit est quand meme “remote”, un peu perdu. J’aime beaucoup cette falaise qui domine cette petite maison en bois.

Ils ont un generateur pour l’electricite, pas comme a Kurilsk ou, j’ai oublie de le dire, mais en fait ce matin nous avons eu une coupure d’electricite dans toute la ville, ce qui veut dire qu’une des stations geothermiques que nous avons visite les premiers jours a eu un probleme.

Maintenant commence notre aventure pour rejoindre les abords du volcan Atsonupuri, qui semble etre d’apres nos observations, le symbole de Iturup. Nous allons pour cela embarquer dans l’espece de zodiac que vous voyez ci-dessous. C’est Andrei, le forestier responsable de tout le territoire ou nous nous rendons qui s’occupe de piloter. Avec Sasha. En fait, Andrei est le boss de Sasha.

On embarque dans le frele esquif, et c’est parti, direction plein sud ouest, en longeant la cote. Bon bien sur on se fait copieusement rincer a chaque vague un peu forte, mais ca serait pas marrant sinon… Nos sacs eux, sont bien dans le bateau, mais a l’avant sous une protection.

Les paysages de la cote sont magnifiques, et nous pouvons apercevoir de nombreuses cascades comme celle-ci. Par contre pas d’ours sur les cotes, meme si Andrei avoue qu’il est tres commun d’en apercevoir a n’importe quelle heure de la journee. La mer est un peu agitee, mais le maitre d’oeuvre, avec Sasha, manoeuvre a merveille l’engin. Nous arrivons en fin d’apres midi dans la baie d’Odesskiy, au camp d’Andrei, non loin de la plage.

Des ornithologues de Moscou sont la, ainsi qu’un groupe de jeune trekkers de Moscou. En fait le camp est aussi une base scientifique, qui se resume en la tente verte que vous voyez ci-dessus. Le materiel des 3 ornithologues est la. Ils sont tres sympas, nous faisons rapidement connaissance.

La petite cabane de bois couverte d’une bache bleue, en fait, si vous cherchez bien, on la voit sous Google Earth! C’est le coin cuisine/coin abrite en cas de pluie.

Les jeunes aussi sont interessants, cultives, communicatifs. Ils n’ont pas le permis special pour cette partie de l’ile, alors ils se font un peu remonter par Andrei : ils n’ont pas le droit d’etre la, et doivent demonter leur tente (ils les remonteront plus loin apres avoir achete le permis a Andrei). Andrei s’occupe de paperasse, ca n’a vraiment pas l’air commode, l’administration des forets dans cette region.

Mais l’ambiance est tres sympa, nous partageons soupe et pancakes aux oignons cuisines par l’inepuisable (c’est le cas de le dire) Valentina, qui semble connaitre tout le monde ici : apres un Kirghize, un Ossetien du nord, des Kazhakes, nous rencontrons parmi les jeunes moscovites, Nicolai, que Valentina avait deja rencontre il y a 4 ans au Kamchatka!

Il est fort probable que nous croisions des ours. Le veterinaire qui est avec les ornithologues, Volodia, nous a fait un topo, et Andrei n’a pas arrete de nous en parler. Les carabines sont la (pas de meprise, c’est de la prevention, en aucun cas de la chasse). On verra demain.

Il est quand meme chouette ce volcan, meme si le sommet est cache dans les nuages. Ma tente est la jaune au milieu.


Responses

  1. […] notre voyage retour vers le petit camp de pecheurs appartenant a Felix par lequel nous avions transite a l’aller. Le ciel est degage aujourd’hui, laissant entrevoir le sommet de l’Atsonupuri. Je suis […]


Leave a Reply

Fill in your details below or click an icon to log in:

WordPress.com Logo

You are commenting using your WordPress.com account. Log Out /  Change )

Google photo

You are commenting using your Google account. Log Out /  Change )

Twitter picture

You are commenting using your Twitter account. Log Out /  Change )

Facebook photo

You are commenting using your Facebook account. Log Out /  Change )

Connecting to %s

Categories

%d bloggers like this: