Posted by: bastien | September 8, 2008

Iles Kouriles – Vers le nord et Yuzhno-Sakhalinsk

Ce post est le premier de mon periple consacre aux Iles Kouriles. Apres de longs mois de preparation et de patience, j’ai enfin pu visite ces iles du bout du monde russe, a la fois si proches du Japon et pourtant si eloignees. Une experience que je ne suis pas pret d’oublier. Cela fait quelques annees que je m’interesse particulierement a Hokkaido (mes posts sur le Japon concernent en grande majorite cette ile), et j’ai eu un interet grandissant pour les regions du monde des Ainous (le peuple aborigene du Japon), et c’est tout naturellement qu’apres Hokkaido, mes yeux se sont tournes vers les Iles Kouriles et l’ile de Sakhaline, voisins de Hokkaido, faisant partie de ce que l’on appelle “Far East” : Sakhaline fait face a l’Ussuri, l’embouchure du long fleuve Amour, les regions de Khabarovsk, Vladivostok et la cordillere de Sikhote-Aline (cf. le film Dersu Uzala de Akira Kurosawa).

Les Iles Kouriles relient Hokkaido au Kamchatka. Ce voyage s’est focalise sur l’ile de Iturup, mais j’ai egalement pu admirer les cotes de Kunashir, visiter brievement Shikotan et explorer un peu le sud de l’ile de Sakhaline.

Tokyo <–> Wakkanai

Un periple qui commence en Shinkansen depuis la gare de Tokyo. Direction le nord du Tohoku puis Hokkaido. C’est long, mais finalement plutot confortable, sauf la partie de nuit entre Aomori et Sapporo : le train est assez vieux (on en trouve souvent de ces vieilles rames une fois sur Hokkaido) avec des sieges peu confortables (je n’ai pas pris de couchette). On sent que c’est les fetes d’Obon car il y a beaucoup de monde, le train etait complet jusqu’a Sapporo. Le matin (6h00), j’y fais un petit tour en dehors de la gare. Il fait deja bien plus respirable ici qu’a Tokyo, ca sent meme la montagne, avec les vents du matin.

Le voyage jusqu’a Wakkanai est monotone… et incroyablement long. Le Tokkyuu Limited Express Soya 1 ne s’est pourtant pas arrete a toutes les gares (loin de la), mais la derniere partie entre Asahikawa et Wakkanai, la pointe nord du Japon, a bien pris 3 heures, pour 250 km. Et inutile de vous dire qu’entre ces deux villes, c’est assez desert, de tout petits hameaux et quelques fermes isolees, vraiment tres peu d’infrastructures. Le train est passe par Wassamu, ou j’avais fait un homestay en fevrier 2004. La piste de ski est toujours bien la.

J’etais deja venu a Wakkanai en 2004, pendant les JO egalement (je me souviens des epreuves de natation qui etaient diffusees a bord du ferry reliant Wakkanai a l’ile de Rishiri). Rien a change, il pleut a verse et trouver un abris pour la nuit n’a point ete chose aisee, mais un petit business hotel des familles m’a sauve. Le camping, c’est cool quand il ne pleut pas a saut comme aujourd’hui, et ca m’embetait egalement d’emmener une tente mouillee avec moi en Russie. Apres avoir recupere de ma nuit blanche dans le train, c’est enfin le depart.

Le ferry entre Wakkanai (Japon, Hokkaido) et Korsakov (Russie, oblast de Sakhaline).

On ne voit pas trop les Russes dans les rues de Wakkanai au petit matin mais… au port, pres du terminal international, ils sont bien la, en nombre. Je remarque en premier le nombre incroyable de bagages et paquets qu’ils ramenent au pays : materiel de cuisine, electromenager, sacs entiers de nouilles instantanees, Playstation, poussettes, etc. Le terminal international est un batiment tout neuf qui sent encore la peinture, il a ete renove recemment par la societe qui gere le service regulier de ferry entre Wakkanai et Sakhaline (et qui s’occupe egalement des ferrys a destination des iles Rebun et Rishiri, cf. carte ci-dessus). Le controle des billets et du passeport se passe sans probleme.

A 10h00, le navire (son nom est Eins Soya – アインス宗谷) largue les amarres, et sort lentement du port de Wakkanai. Je crois qu’il y a juste 3 motards japonais et moi en tant que non-Russes a bord. Le ferry n’est pas vide, tres loin de la, et la queue s’allonge pres du distributeur automatique de biere Sapporo, qui, detaxe oblige, ne coute que 100 yens la canette.

Un epais brouillard rendant la visibilite presque nulle enveloppe le Eins Soya au debut du trajet, et le ciel restera invariablement gris jusqu’a la fin. A l’heure ou j’ecris ces lignes, il est 15h15, heure de Sakhaline, c’est a dire +2 par rapport au Japon (cool! Il fera jour tres tard le soir), et on est cense longer la peninsule sud ouest de l’ile, mais la terre demeure invisible a babord. Dommage, mais cette ambiance mystique est sympa. A bord les gens sont souriants, les gamins russes, nombreux, ont presque tous une coupe de cheveux identique de footballeurs des annees 80 : cheveux longs dans le cou et court devant, voir en brosse. Sakhaline semble etre le berceau d’un interessant melting pot car les gens aux traits asiatiques sont nombreux, dont certains sont indisociables des Japonais ou Coreens. D’autres font clairement plus chinois.

L’arrivee a Korsakov.

De la pluie, un controle de douane qui prends beaucoup, beaucoup de temps. Je me suis demande si j’allais passer, etant le seul etranger non japonais dans le lot. 2 heures se sont ecoulees entre la descente du ferry et la montee dans le van d’Artur, un ami de Valentina (notre guide pour le voyage) venu me chercher pour me rapatrier vers Yuzhno-Sakhalinsk. Les immeubles font tres “blocs” delabres, de style banlieue ex-sovietique, les routes sont defoncees (generant d’immenses flaques d’eau), des gamins font du velo dans la rue. La musique de sytle Goran Bregovic (et si je dis ca, c’est plus par manque de culture musicale du pays que parce que c’est vraiment du Bregovic) a fond les ballons. Quel bordel, j’adore!

Le trajet jusqu’a Yuzhno-Sakhalinsk prend 30 minutes. La route longe la cote au debut et laisse apparaitre, tels des fantomes, des navires rouilles et echoues dans la baie, pourrissant sur place et pourrissant l’environnement aux alentours. Au Japon, on peut aussi voir des navires de guerre echoues pres des cotes de Nemuro, a Hokkaido.

Welcome to the Far East! L’accueil a l’hotel Moneron est superbe. Je fais la connaissance de mes camarades de voyage que je ne connaissais qu’au travers d’Internet jusque la : Andrew, un Ecossais-Suisse ayant crapahute, travaille et voyage un peu partout dans le monde. Et quand je dis partout, c’est vraiment partout. Frederik, son beau-fils, 25 ans, une force de la nature norvegienne. Et Christian, collegue de travail de Andrew, originaire de Suisse et de Suede, ingenieur dans la meme discipline que moi. Une equipe internationale, l’anglais devenant de-facto la langue du voyage etant donne ma non-maitrise de l’allemand.
Je note tres vite que nous partageons le meme interet pour la geographie et les pays et endroits du monde attirants car peu connus/visibles comme par exemple, les Iles Kouriles, la Nouvelle-Zemble, l’Archipel Francois-Joseph, la Tchoukotka, la Kolyma, la Yakoutie et la Republique de Saga pour la seule Russie. Mais aussi d’autres trucs de geeks : les MIG 25, les appareils photos.

Nous avons organise ce voyage entre nous par le biais d’Internet, eux viennent de l’Europe via Seoul, et moi du Japon. Moi qui voyage seul d’habitude (ben oui, qui est interesse par la randonnee, la nature, les animaux en liberte et dormir dans la tente de nos jours? personne… au Japon, les gens que je rencontre sur les sentiers de randonnee ont invariablement plus de 70 ans), je dois avouer que cette premiere experience en petit groupe fut vraiment inoubliable. J’espere voyager encore avec eux dans un futur proche.

L’hotel ressemble a une auberge de jeunesse comme on en trouve en Europe de l’Est, sauf qu’ici, c’est la version Far East. Indescriptible, il y a quelque chose de special, d’inedit pour moi. Apres un diner memorable (poulet farci, riz, gateau), Valentina, notre guide originaire de Almaty, Kazhakstan, nous explique comment tout ceci va se passer : le ferry pour Iturup partira “sans doute” demain soir, on arrivera “peut etre” un jour et demi plus tard… Je realise tres vite que le pays dans lequel je suis est tres different du Japon. Rien n’est fixe, rien n’est sur, tout est “peut etre”. Ici donc ca depend de l’humeur du capitaine et de la meteo. Nous n’avons par ailleurs aucune idee de quel jour nous reviendrons sur Sakhaline, nous savons juste qu’environ une fois par semaine, le ferry fait un voyage entre Sakhaline et les Iles Kouriles du Sud (Kunashir, Iturup et Shikotan), c’est tout. Et donc, meme en sachant parler russe, il faut vraiment une bonne dose de psychologie pour savoir comment parler au gens et ainsi vraiment obtenir ce que l’on veut. Et c’est pour ca que quelqu’un comme Valentina est absolument indispensable, car elle parle russe, mais comprend egalement la culture et la facon de penser des gens.

Et je comprend d’un coup beaucoup mieux pourquoi les Japonais ne viennent pas en masse ici : c’est infiniment trop hardcore pour eux et cette culture du service omnipresente dans leur pays.

Apres une douche et quelques matches de boxe a la tele (JO), je m’endors. 2 heures de decalage, tout de meme.

Le lendemain, nous avons un petit dejeuner super : tartine de ikkra (des oeufs de saumon, ikura-いくら en japonais) et the. Valentina nous emmene ensuite a la banque ou nous pouvons changer notre argent, et nous partons ensuite au marche acheter notre dejeuner et quelques provisions pour le voyage ce soir. Le marche fait tres tres “local”, pour y aller, il faut “connaitre” comme on dit (on est passe sous un grillage, quoi). Mais les etals sont fort bien achalandes.

Je remarque aussi que beaucoup de choses viennent de Coree, de Chine, du Japon : les inscriptions sur les produits, les chariots, et meme les commercants ont souvent des traits asiatiques. Ca fait un peu “on se debrouille avec ce qu’on a”. J’aime bien.

Apres un bref retour a l’hotel, je presse d’aller voir le musee, non pas pour ce qu’il renferme, mais parce qu’il est contenu dans un vieil edifice datant de l’epoque ou Sakhaline etait japonaise. Coup de bol, c’est jour de mariage, et on peut voir des couples se faisant tirer le portrait devant le seuil de ce remarquablement bien conserve et entretenu artefact de la presence japonaise d’avant guerre. C’est je crois l’ancien siege de la Prefecture de Toyohara (l’ancien nom japonais de Yuzhno-Sakhalinsk).

J’aime bien ces moments d’exploration. Pres de l’hotel se trouve la Place Lenine, avec une grande statue de l’homme qui domine cette derniere. Je surprend un petit garcon en train de donner a manger aux pigeons.

Dans la ville, on tombe souvent devant des affiches, mosaiques ou autres representations de style socialiste.

Amusant que ces traces du passe n’aient pas disparues, et etonnant de les retrouver devant les nombreux commerces faisant etals de marques imperialistes. Que penserait le Camarade Lenine de tout ca?

Plus tard, Valentina nous prepare des sandwiches locaux a la saucisse, poivron, beurre, fromage de Sakhaline. L’ensemble fait tres “russe” dans mon esprit, du moins l’image que je m’en faisais.

Nous aurons le temps d’explorer en long en large et en travers Yuzhno-Sakhalinsk a la fin du periple, puisque nous y passerons une journee ou deux avant de repartir dans nos contrees respective. Aussi, nous ne nous attardonc pas trop dans les rues, d’autant plus qu’il ne fait vraiment pas beau, et nous sommes plus dans l’attente du vrai voyage qui va commencer : celui vers l’Ile d’Iturup.

PS : Il ne fait vraiment pas beau, aussi les photos se retrouvent bien ternes et grises. Mais a la fin du voyage j’ai pu voir Yuzhno-Sakhalinsk sous un ciel bleu et avec du soleil, ce qui fait toute la difference. Donc si vous souhaitez voir les photos (edifice japonais, statue de Lenine, etc.) sous un meilleur jour, il faudra patienter un peu le temps que je mette a jour le blog.


Responses

  1. Merci pour ce magnifique post.

    Rien qu’en le lisant ca m’a fait regretté d’une force le fait de ne pas être venus.
    En tout cas ce petit periple est génial et en te lisant je comprend qu’il restera gravé au fond de ta memoire.
    J’adore ces descriptions instantané prise sur le fait et ces visions entre japon et russie.

    Merci de nous faire bavé.

  2. Le passage sur les “un jour”, “peut-être” m’a beaucoup fait penser à ce que je vis au Venezuela!
    Très beau post!

  3. Erf, en effet je comprends pourquoi ce voyage t’a marqué. Tu as vraiment un don incroyable pour raconter tes périples ^^

  4. Superbe récit… comme d’habitude. Je vais de suite attaquer le reste! J’espère que l’on aura un guide complet sur SJ… au moins sur la partie japonaise du trip 😉 Même si cette dernière semble petite…

    sanji

  5. J’y compte bien^^

    Par contre je sais pas trop dans quelle section? Hokkaido? Creation d’un sujet “borderline Japan”?

    Ou dans la section travel talks… je creerais bien plusieurs posts en fait, un consacre sur “le Japon via les ports/aeroports peu conventionnels” pour decrire le voyage en ferry, comment on achete un ticket pour Sakhaline…

    Et puis evidemment un post pour decrire Yuzhno Sakhalinsk, le Japon d’avant, etc. 😉

  6. C’est vrai que c’est une bonne question. Je suppose que Hokkaido pourrait être un bon endroit, après tout, certains Japonais considèrent toujours ces îles comme faisant partie du pays 😉

  7. […] ami Andrew avec qui j’ai ete sur les Iles Kouriles l’ete dernier me fait parvenir ce lien vers une carte de la region du sud d’Okhotsk englobant Ezo […]

  8. Bonjour,

    En pleine préparation de mon premier voyage au Japon, j’aimerais pouvoir me rendre aux iles Kouriles. Quelles sont les lignes de ferries partant d’Hokkaido ? Comment avez-vous obtenu votre visa ?
    Merci de vos précieux renseignements.
    Merci de partager vos voyages !

    • Bonjour Christophe,

      Helas depuis le Japon, se rendre aux Iles Kouriles est impossible. Il faut obligatoirement passer par la Russie pour pouvoir s’y rendre, et Sakhaline est la meilleure et seule option, comme decrite dans ces petits recits sur le blog.

      Cela dit, a Hokkaido, il est peut etre possible d’embarquer sur un ferry au large de Nemuro qui emmene les gens proche des iles, sans toutefois entrer dans les eaux territoriales russes, et bien sur sans y accoster…

  9. C’est comme un film dont on me raconte la fin! : je dois me forcer pour ne pas lire afind de préserver la joie de la découverte : je fais ce meme voyage dans 2 mois et c’est en cherchant une solution logement à Sakhaline que j’ai la bonne surprise de trouver ce carnets bohème trés intéressant.
    La Russie et le Japon sont mes deux grandes passions ; j’ai hate…
    Bien à vous

    Pascal

  10. Salut Bastien,

    Je pars a` Sakhalin en octobre dans le but d´aller aux kouriles. Aurais-tu le site internet ou´ bien un moyen de joindre Valentina stp?

  11. […] deuxieme fois dans le Russian Far East, 5 ans apres Sakhaline et les Iles Kouriles. Les impressions sont quelque peu differentes – je suis plus vieux aussi!, mais la resonance […]

  12. Je passe 12 h à korsakov oblast de sakhaline fin septembre. Une idée pour organiser ce temps?
    merci
    Mireille


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