Posted by: bastien | May 9, 2005

Errances Taiwanaises – IV – Lanyu

Le lendemain, je fais un rapide tour des sites touristiques de Taitung. Quelques pagodes et temples valent le detour non loin de mon hotel, dans une sorte de parc dans lequel se regroupe les personnes agees pour deviser entre elles sur tout et rien…

Je file à l’aéroport en taxi puisque c’est apparemment le seul moyen de l’atteindre. Qu’importe, la vie à Taiwan n’est pas chère comparée au Japon. Ca du me coûter 3 euros pour faire 8 km. Les taximen de Taiwan ont souvent les dents rouges sang du au masticage de la noix de Betel, qui a le même effet que le café, mais ne donne pas envie d’uriner. Pratique donc pour les chauffeurs. Mais la noix crée aussi une addiction sur le corps humain, et provoque le cancer de la bouche. Ces noix sont souvent vendues par des Betelnut Beauties, des filles très belles et peu vêtues qui attendent les acheteurs dans un kiosque. Personnellement je n’en ai pas vu beaucoup. l’aéroport je dois attendre un peu pour l’avion de 12 :45.

L’avion est tout petit : 19 places ! En fait c’est mieux, on sent vraiment qu’on est dans un avion, les sensations sont décuplées. Tout bouge, c’est chouette. On atteint l’île de Lanyu en 30 minutes. Elle est située au sud-est de Taitung et est habitée par les Yami, que plus tard j’apprendrai qu’il faut appeler Dawu, un des nombreux peuples aborigènes de Taiwan.

J’avais décidé de faire le tour de l’île à pied. 36 km, c’est rien. Oui mais pas dans un pays tropical, et honnêtement, même si le terrain fut plus ou moins plat, j’ai eu vraiment très chaud. J’ai commencé en sortant triomphalement de l’aéroport en marchant avec mon gros et lourd sac à dos (18 kilos), ma bite, mon couteau et mon chapeau de baroudeur. Je sors ma machette et me fraye un passage a travers les fougeres qui galopent sur les sentiers de l’ile. Non je deconne ! Mais assez vite je commençais à fondre de chaleur : il fait au moins 35 degrés, l’air est moite et il y peu de vent. Le pays est tropical, vraiment (la forêt qui couvre l’île est une « rain forest » ). La première partie fut la plus rude : longer la cote ouest vers le nord. Ensuite le soleil était dans mon dos, et la cote nord était plus exposée au vent. Mais bon il fait toujours plus de 30 degrés.

Très vite je traverse des villages Yami, ou Dawu, sur la cote. Ils sont tous fermiers ou pêcheurs, avec des coqs et des cochons sauvages se baladant en liberté un peu partout. Le tout fait assez pauvre quand même, un peu camp de gitans sans les caravanes, à la Emir Kusturica ; leur vie ne doit pas être drôle tous les jours tant certaines habitations font vraiment précaires, parfois juste un toit monté sur pilotis sans aucun mur.

L’alcoolisme est un problème, j’aperçois beaucoup de bouteilles vides jonchant parfois le sol. Les Dawu parlent leur propre dialecte, mais certains comprennent le mandarin, donc ça aide. Les maisons traditionnelles Dawu sont petites en hauteur, en pierre, presque à moitié enterrée, un peu comme les Hobbits de la Comté, le côté Ikea en moins. Sur la plage j’aperçois des canoës traditionnels, peints en blancs et décoré de motifs rouge et noir. C’est assez fascinant car ces canoës sont fabriqués en assemblant 27 pièces de bois sans aucun clous ni cordages ! En fait, je m’aperçois que ces canoës servent vraiment, je vois des pêcheurs au large sur ces embarcations. Ce n’est pas juste pour montrer aux touristes.

Les Dawu vivent encore en suivant leurs traditions en fait, je trouve ça chouette. Je croise un coureur plus tard qui n’était autre qu’un de mes voisins de siège dans l’avion. Je me demandais si il avait couru depuis l’aéroport dans la direction opposée la mienne, mais en fait je ne pense pas, car plus tard, vers le village de Yaching, je le croise encore, et en fait il me dit habiter ici. La nuit tombe mais pas la température. Au début je voulais demander aux Dawu si je pouvais m’installer dans leur jardin pour dormir, mais finalement après ce que j’ai vu, je me suis décide a camper sur la plage, la belle étoile. Mais un monsieur tout souriant est venu ma rencontre et m’a proposé de dormir chez eux. Ce que j’ai accepté. En fait j’ai fait une sorte de Homestay chez eux : un peu comme un bed and breakfast, mais carrément chez les gens. Un couple de Taiwanais que j’avais aperçu plus tôt sur la route est la aussi, eux font le tour de l’île en scooter. En fait je suis le seul timbré à faire cela pied. Quelques voitures se sont d’ailleurs arrêtées pour me proposer de m’emmener où je voulais aller. Bref, le homestay m’a permis de rencontrer Sya Penmahanang, la gérante de la maison où j’ai dormi. On a dîné tous ensemble (excellents les légumes genre fenouil/épinards et le poisson), et Sya nous parle des Dawu, des coutûmes etc.

Heureusement les Taiwanais parlent un peu anglais, donc ils m’ont traduits un peu tout pour que je comprenne. En fait à Taiwan, finalement peu de gens parlent le Mandarin. Non, la majorité le comprend, mais préfèrent parler taiwanais entre eux, un dialecte leur propre sauce (Hakka, Hokkien). Ca plus les dialectes aborigènes (Ami, Dawu). Après le dîner, le mari de Sya nous a emmené dans la jungle pour aller voir des chouettes locales. On est allé en scooter jusqu’à l’entrée de la forêt, puis on s’est enfoncé à pied dans la jungle. Le bruit est vraiment spécial, omniprésent en fait, tantôt proche, tantôt lointain, dans toutes les directions et dans les arbres. Le mari est un pur baroudeur et nous a mené bien en avant dans la forêt, se guidant au cri particulier des chouettes que l’on souhaitait observer. Avec des lampes torches, on a réussit à en repérer. En fait elles sont assez petites, c’est marrant. Les cris du male et de la femelle sont différents. En fait ces oiseaux ont une connotation diabolique pour les Dawu.

Ensuite, nous sommes rentrés au village boire un coup dans le magasin familial. Puis on nous a montré aux Taiwanais et moi des photos, de leur famille, des festivals traditionnels etc. Le mari m’a ensuite proposé d’aller pêcher des coquillages et des poissons, pieuvres etc. Mais j’étais vraiment trop crevé! Et comme il était déjà 22h30, je décidais d’aller me coucher. Le lendemain on s’est levé pour 7 h, et Sya nous a préparé le petit déjeuner. Au menu : des fruits de mer pêché par son mari la nuit dernière. Les écrevisses étaient délicieuses ! J’ai dit ensuite au revoir à mes ôtes et continué mon chemin autour de l’île.

Il fallait d’abord finir de longer la côte est vers le sud puis remonter vers le nord. Il a fait vraiment très chaud encore ce jour là. Sur la côte sud, j’ai aperçu la décharge de déchets nucléaires qui suscite la polémique à Taiwan, car le gouvernement a décidé de les entasser sur l’île sans vraiment demander leur avis aux habitants. L’île est magnifique : montagnes vertes, prairies au sud et rochers volcaniques aux formes assez sensass sur les côtes (rochers du crocodile, du lion, du dragon etc.) parfois.

En remontant vers Huangtan, le village juste avant l’aéroport, la route monte aussi, l’air est brûlant, et je suis complètement bout. Après une pause, j’avale les derniers kilomètres et passent les 2 petits villages avant de rejoindre mon point de départ, l’aéroport. J’ai fini mon tour de l’île à pattes.

Problème : les avions d’aujourd’hui sont tous bookés, mais on arrive néanmoins à me réserver une place pour le 16:25. On est le 4 mai, et le 5 il faut absolument que je sois revenu à Taipei pour prendre mon avion le 6 au matin pour le Japon. Mais le 16:25, le dernier avion de la journée, est annulé pour cause de mauvais temps. Non pas qu’il pleut, mais des nuages couvrent l’île, et les avions ne peuvent pas atterrir pour cause de mauvaise visibilité. C’est là que je rencontre Coop et Brian, deux américains la 40aine bedonnante très sympathiques. Ils bossent à Taitung et viennent sur Lanyu deux fois par mois pour installer des émetteurs micro ondes pour l’armée taiwanaise. Coop est marié à une Thaïlandaise et va retourner vivre à Bangkok après Taiwan. Brian va retourner au Texas après 13 ans hors des US. Les deux ont vécus à Okinawa, et ont travaillés pour les bases américaines du Pacifique, au Japon et en Corée principalement. En fait ils sont vraiment américains typiques dans leur façon d’être, de communiquer, mais avec une capacité de parler de sujets sérieux qui ferait pâlir Michael Moore. En fait Brian a aussi travaille en Arabie Saoudite et bien sur le Moyen Orient. On a évidemment parlé de l’Irak. Et bien même en tant que Texan plus ou moins militaire de carrière, son avis sur la question n’est pas du tout celui qu’on pourrait croire, et j’ai vraiment apprécié avoir cette discussion avec lui. Tout deux sont des purs expats qui ont vécus un peu partout. Ils sont coincés comme moi sur l’île. On revient donc vers Huatang pour passer la nuit dans un hôtel. Le soir on est allé dans un bar très sympa et on a discuté de tout et de rien. Vraiment je suis enchanté d’avoir rencontré ces gens.

Le lendemain, Brian et Coop arrivent à obtenir un avion tôt, mais pas moi. Je sais qu’il y a des pêcheurs qui peuvent assurer des liaisons avec Taitung si il y a des passagers. Je me dirige vers le port du village correspondant pour checker tout ça. Et coup de chance il y a effectivement un mini-ferry (soyons honnête, un bateau de pêcheur aménagé avec 10 places) pas très officiel qui part pour Taitung à 10 h 30. C’est la que je rencontre deux anglaises, une mère et sa fille, qu’il me semble avoir déjà vu dans le bus descendant vers Taitung. En fait la fille travaille à Pékin dans une ONG pour l’environnement. Elles sont sympas et les 3 heures de bateau passent rapidement. En plus il y plein de poissons volants dehors, c’est la haute saison ! C’est marrant ces bestioles là n’empêche!

Une fois à Taitung, je file à l’aéroport ou j’attrape un avion pour Taipei. Dans ce pays on prend l’avion comme on prend le bus j’ai l’impression. Taiwan est une petite île, et les prix ne sont pas élevés. A peine 30 euros pour rejoindre Taipei, 400 km au nord. Bien sur un bus m’aurait coûte 5 euros, mais la j’étais pressé, il ne fallait pas louper l’avion le lendemain. Ci-dessous, une derniere vue de Taitung :

Ce qui est marrant Taiwan, c’est le climat politique : on nous demande de ne pas prendre l’aéroport de Taitung en photos car c’est aussi un aéroport militaire et tout et tout, alors si les chinois tombent sur ces photos blabla… A Taipei je suis retourné à mon hôtel près de la gare.

Je retiendrai beaucoup de choses de Taiwan, mais la plus importante sera sans doute les gens, témoins de changements énormes dans leur vie depuis un siècle. Un de mes meilleurs souvenirs est quand je demandais des renseignements : je demandais exprès aux personnes âgées car elles comprennent pour la plupart le Japonais vu que l’île appartenait au Japon depuis la fin du 19eme jusqu’après la 2eme guerre mondiale. Et de voir dans leur yeux cette vive émotion en me répondant dans un japonais extrêmement poli d’avant guerre m’a fait beaucoup d’effet. Vraiment que de changements, de bouleversements, de révolutions ces gens ont connus dans leur vie : l’occupation japonaise, la fuite des rebelles vers Taiwan, la crise des missiles, la loi martiale, le développement économique. Et parler en Japonais doit leur rappeler des souvenirs, plaisants ou déplaisants qu’importent, mais souvenirs d’un monde qui aujourd’hui bien change, en bien comme en mal.

tinou


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