Hokkaidō~Matsumae

Ce vendredi matin j’ai subitement decide de partir quelques jours a Hokkaido, comme ca sur un coup de tete. Le but de ce voyage est de visiter les sites que je n’ai pas encore vu dans l’ile, et il en reste un bon paquet. Je saute donc dans un Shinkansen direction le nord du Japon. A Hachinohe (Prefecture de Iwate), je change pour le Hakucho, le train qui relie Honshu a Hokkaido via le plus grand tunnel sous-marin du monde, passant sous le detroit de Tsuruga. Rappelez-vous, en novembre dernier j’etais parti avec Marie-Laure a Hakodate, capitale du sud de Hokkaido, mais nous avions alors pris le ferry.

La sortie du tunnel qui traverse le detroit de Tsuruga. On retrouve directement la vegetation. En fait celle-ci n’est pas tres differente des dernieres parcelles vertes du nord de l’Aomori-ken. La transition n’est pas abrupte. Le train decrit un arc de cercle vers l’est, puis le sud-est pour rejoindre Hakodate, mais je m’arrete en chemin, a Kikonai 木古内 tres exactement, pour prendre un bus vers Matsumae 松前, dans la direction opposee donc, plein sud-ouest. Et tout ca donc pour atteindre ce qui fut le premier avant poste politique des Japonais “Wajin 和人” avec la region du nord, Hokkaido, et l’extreme orient de la Russie. A l’epoque (19eme siecle) les Ainous occupent l’ile depuis la nuit des temps, et le choc avec la culture japonaise ne se passe pas sans heurt. Bientot, les Ainous voient tous leurs droits disparaitrent, des suites d’une assimilation forcee par les Japonais afin de clamer l’autorite sur les territoires du nord de l’archipel japonais, sur lesquels la Russie tsariste lorgnait egalement. Aujourd’hui la culture ainoue effectue son come-back (toute proportion gardee), mais il est sans doute deja bien trop tard.

Le chateau de Matsumae (du nom du clan qui etait charge par le bakufu d’entretenir les rapports avec Hokkaido) est ainsi la seule vrai trace de culture japonaise (”Wajin”) d’epoque sur tout Hokkaido. Bien sur on trouve sur Hokkaido de nombreux temples et sanctuaires, mais ceux-ci ont ete construits apres.


A l’interieur j’ai surtout ete impressione par les representations des chefs ainous avec qui le clan Matsumae traitait. Beaucoup portent des habits aux motifs definitivement chinois, ce qui prouve encore ce dont j’avais deja parle dans mon recit de l’automne dernier sur Hakodate, a savoir la connection plus que probable entre Chinois Ming et peuplades de Siberie comme les Ainous, les Nivkhs ou les Orochs.
Les abords du chateau ont encore plus retenu mon attention : un parc magnifique, majestueux, puis un temple shinto, celui de la ville :

Enfin, toute une serie de temples auxquels on accede par des chemins dalles d’epoque. On appelle cette allee le Teramachi 寺町. Je fais un long tour en photographiant tour a tour fleurs, arbres et statues.




Il y a aussi quelques cimetieres, avec des tombes celebres, mais j’avoue que je ne suis pas assez cale en histoire japonaise pour comprendre de qui il s’agissait en particulier.

Plus haut sur la colline qui surplombe Matsumae on trouve la reproduction fort sympathique d’un village de l’epoque Edo (jusqu’a 1868),

avec ses echoppes,

ses larges batisses en bois,

la maison un peu plus prestigieuse du seigneur local, etc. Je vous laisse juger par les photos.
C’est vraiment tres chouette, vraiment Matsumae est une destination qui vaut le coup, que je qualifierai meme d’incontournable pour celui qui visite le sud de Hokkaido, avec la region d’Hakodate et le Onuma Quasi-National Park. Surtout, pour une fois il y a un petit background historique interessant pour le feru de civilisation japonaise.
Enfin, je trouve a cette petite ville un sentiment particulier. On est bien a Hokkaido (tranquillite, Seicomart, gens accueillants) mais aussi peut etre un peu aussi comme dans une autre region du Japon a cause de tout ces monuments typiques.

Je redescend ensuite lentement vers un Seicomart pour m’acheter de quoi gouter. Puis vient l’heure du onsen pour me laver. Je dine dans une sorte de pizzeria japonaise (qui sert des pizzas au curry). Pas tres raffine, mais ca cale.
Pour dormir, et bien je fais un peu a la sauvage, et monte ma tente comme ca, a l’obscurite naissante, dans le magnifique parc du chateau, constitue de 10000 cerisiers avec presque tous portant une pancarte indiquant l’espece en question (? je ne suis pas sur du tout, a verifier). Hanami (contemplation des cerisiers en fleur) doit etre magnifique ici, je crois que c’est repute.


Je dors non loin de cette statue d’un celebre calligraphe originaire de la region : Otei Kaneko.

Matsumae a peu de choses en commun avec Hakodate, mais il y regne la meme atmosphere de “promesse d’aventure”. On est au debut d’un monde inconnu, et l’excitation est permanente. Ca “promet” comme on dit. Je me sens comme les premiers colons du nord de la Californie, ou comme les geographes du Tsar arrivant dans la region de Vladivostok. Matsumae est plus petite, plus tranquille, plus campagnarde.
Hakodate etait plus improbable, avec son grand parc central dans les fortifications. Vivre la doit etre assez special, bizarrement c’est cet etat d’esprit que je recherchais dans ma quete d’appartements a Tokyo (je demenage fin juin).

Demain direction Esashi sur la cote ouest en remontant vers le nord.
PS : je suis toujours surpris en revenant ici car les gens te parlent! Te disent bonjour, t’adressent la parole normalement, sans etonnements, dans le sauna ou au onsen. Ca change un peu de l’ambiance plus crispee du Japon citadin.