Hokkaidō~De Shiretoko à Nemuro - Exploration face aux Iles Kouriles (1)
Voila un petit carnet d’un rapide petit voyage de 4 jours dans le grand est hokkaidien!
Malgre une arrivee moyenne, le premier jour reservait quand meme de l’optimisme. Je suis arrive a Nakashibetsu 中標津, l’aeroport le plus a l’est du Japon! A proximite de Shiretoko, le parc Akan et tout l’est d’Hokkaido… L’avion qui sort des nuages et deja, c’est le vert a perte de vue… effet saisissant apres 4 mois de beton Tokyoite. Une fois arrive, j’ai reussi a me procurer une tente en un temps record! J’aime cette region, ce vert a perte de vue, cette nature omnipresente. Premier sentiment nostalgique : je suis rentre dans un Seicomart m’acheter des onigiri et des fruits frais a des prix decents… Vraiment on a pas ca a Tokyo, ca me manque finalement. Je n’aime pas cette vie Tokyoite, ces Japonais tokyoites… beaucoup de stress. Et le pire, c’est que c’est la seule image que les touristes retiennent du Japon, helas… Ou peut etre tant mieux, car Hokkaido n’est du coup pas trop envahi (je reviendrai sur ce point plus tard…). Quoi qu’il en soit, je me sens “chez moi”, et cela fait vraiment du bien.
Le bus pour Rausu 羅臼 (cote Pacifique de la peninsule de Shiretoko) coupe a travers champs et foret, et en longeant la cote, Kunashiri apparait dans la brume par intermittence. C’est un des buts de ce voyage, en savoir plus sur ces iles que je reve d’explorer… L’Archipel des Brumes porte bien son nom au propre comme au figure. Sur la route s’egrainent de nombreux panneaux voulant attirer l’attention sur le probleme des Territoires du Nord - 北方四島, point sur lequel je reviendrai dans un prochain post, car depuis ce week-end, les iles Chishima sont devenues plus qu’une passion…


Je suis arrive a Rausu a 17h30. Premiere forte impression en passant devant le lycee et le terrain de Base Ball qui font face a Kunashiri… 2 pays si proches et pourtant si eloignes…. J’ai commence a grimper dans la montagne, croisant des cerfs peut farouches venu paitre a cote de la route, jusqu’au camping en face du onsen Kuma no yu 熊の湯. Montage de tente, puis je suis redescendu car j’ai betement oublie de faire des courses pour me nourrir… J’en ai profite pour flaner dans le soir de Rausu. Mine de rien ca m’aura fait 15 kilometres a pied rien que pour aujourd’hui… Je suis alle me lave a cet onsen gratuit, sauvage. Seul le coin des femmes a droit a quelque infrastructure, les mecs c’est dehors. A neuf heure du soir, le ciel s’est devoile, laissant presager du beau temps pour le lendemain. J’ai parle avec des locaux qui viennent prendre leur bain ici parfois… Ce n’est pas encore la haute saison touristique.

Lever a 5h30, le ciel est gris. Je n’ai toujours pas decide de ce que je vais faire : redescendre a Rausu et prendre mon temps pour visiter? Mais la brume m’empecherais de voir Kunashiri, but de ce voyage…. Grimper dans la montagne et le Rausu-dake par le sentier que je ne connais pas encore (j’ai escalade cette montagne l’an passe par l’autre versan, a partir de Utoro)? En attendant je plie la tente. Je commence a descendre vers Rausu et en passant devant le debut du sentier vers la montagne, l’appel est irresistible, et je menfonce dans la foret, tant pis si le beau temps n’etait pas de la partie. Ce qui s’avera etre une bonne surprise car il a fait de plus en plus beau au fur et a mesure de la montee, le ciel etait meme completement degage sur les hauteurs de la peninsule. Depuis la foret, je contemple en contrebas vers Rausu et l’ocean : les nuages sont bas et j’apercois meme les sommets de Kunashiri! Ureshii!

Il fait chaud dans la foret, chaud et humide a cause de la vegetation. Mais sous les grands arbres, au debut, l’atmsophere est enchanteresse. Une grosse plaque de neige m’a barre la route assez vite. Meme en juillet, l’hiver est encore la (je ne suis meme pas a 1000 metres d’altitude…).

Ca glisse mais ca passe. Le chemin continue en longeant le flanc d’un ubac, pour remonter ensuite dans la foret qui couvre la montagne. Le silence est impressionnant…. C’est un peu comme l’an passe finalement, je me rappelle de cette vegetation, de cette atmosphere, qui marque le territoire des ours. Je continue a monter, je croise une belle couleuvre qui s’enfuit a mon pas trop lourd pour son sommeil (ou bien est ce la clochette de mon sac?).



Bientot les arbres se degagent et j’approche d’une riviere. Une riviere qu’il faut remonter a contre courant en sautant sur des rochers escarpes. J’apercois une grosse couleuvre qui dort a l’ombre d’une anfractuosite… Pierre+hautes herbes+chaleur = attention ou on met les pieds. La riviere a une odeur sulfureuse, qui me rappelle les pentes du Io-san et la source d’eau chaude de Kamuiwakka no taki, sur le cote nord de Shiretoko. En tout cas je suis bien sur Hokkaido!



Apres la riviere, le chemin serpente dans la montagne, et les plaques de neige sont omnipresentes… J’arrive bientot devant un mur de neige. A son pied, une Japonaise en tennis qui s’est resigne a abandonner. Moi meme j’essaye de monter, avec mes chaussures de marches, je rejoins le chemin un peu plus haut, mais 2 montagnards fully equiped qui redescendent m’arretent tout net : sans materiel adequat (crampons d’alpinistes, …) c’est impossible, d’autres plaques de neige encore plus grosse barrent l’acces au sommet.

Je redescend alors moi aussi, resigne… Je passe devant des personnes agees qui me suivaient, redescend vers la riviere, saute de pierre en pierre. Ce n’est pas une course, mais rapidement je m’eloigne de toute presence humaine (oh, bien faible de tout facon, peut etre 5 personnes en tout sur le sentier pour la journee…). Je repars dans le petit sentier escarpe, apres les pierres sulfureuses. C’est a un tournant que le chemin est coupe par une source (je n’y avais guere prete attention au debut) que je sursaute soudainement : des Ours!
Un ourson en fait etait la et lechait l’eau qui perlait sur les rochers. J’etais tetanise, j’ai immediatement pense que si l’ourson etait la, la mere ne devait pas etre loin…. et bingo! en levant les yeux, j’apercu une masse sombre, imposante, qui me fixait droit dans les yeux, a une dizaine de metres de moi. Pendant 30 secondes je n’ai reflechi a rien (note: ca m’arrive aussi a d’autres moments), puis la mere a commence a s’enfuir entrainant son petit. J’ai sortit mon appareil mais en vain, je crois que l’on ne voit rien sur ma photo… J’ai encore en memoire le pas lourd des deplacements de la mere, et aussi de son souffle…. je l’entendis longtemps a distance, le bruit de sa fuite ne s’est pas evanoui brusquement. Tout d’un coup je me rappelais que ces histoires d’ours, ces conseils que l’on nous rabbache a l’entree du parc, ne le sont pas en vain : il y a vraiment un risque de rencontrer plus que des cerfs ou des renards…

Stresse mais heureux, je poursuivais mon chemin. Du coup je commencais vraiment a preter attention a l’environnement, aux abords du chemin, realisant que la clochette etait finalement assez inutile. Tres vite, je suis revenu au point de vue sur Kunashiri, au debut de la randonnee (a 45 minutes en fait). J’ai dejeuner ici. Les suivants m’ont rattrapes ensuite et je leur ai raconte mon histoire, comme d’ailleurs je l’avais fait a cette famille que j’ai croise peut apres ma rencontre avec les ours.
Cette promenade etait etrange : tres souvent j’etais essoufle par l’atmosphere lourde, ne commencant a prendre le rythme qu’une fois dans la vraie montagne, denudee des arbres, mais en vain car je fut stoppe par la neige. J’ai fait de nombreuses pauses pour souffler, boire ou manger un petit peu (banane + brioche = pas suffisant au petit dej!). Enfin, rien que pour cette rencontre, c’est un des plus beaux jours de ma vie passe sur Hokkaido, un jour ou j’ai enfin retrouve l’esprit nature qui me manque temps a Tokyo (je suis toujours etonne par le peu de personnes rencontrees sur le sentier etant donne que rien n’indiquait que le sentier etait bloque au village…). La petite ballade m’aura occupe 7 heures quand meme.
Il est 14 heures, et je decide de me laver dans un onsen. En redescendant vers Rausu, je rentre dans un de ces hotels pour touristes qui proposent toujours leurs onsen en service separe… Avant cela je suis quand meme alle au Shiretoko visitor center pour signaler mon “bear spotting”, histoire de faire la star. J’ai ensuite ete dans “the best onsen ever” (on dit toujours ca apres une randonnee d’ou l’on revient ecorche, griffe, trempe et sale). Le rotenburo donnait sur la lisiere de la foret et de la montagne. La, paissaient tranquillement des cerfs, un male et deux femelles et un junior. Vu comme ca, nu comme un ver depuis le rotenburo, c’etait un peu “le retour a la nature”… J’ai discute sous le ciel bleu (le temps s’etait degage finalement dans la vallee) avec un Japonais du coin. Il m’a raconte tout un tas d’anecdotes interessantes sur les iles Kouriles (qu’il n’y avait que des pecheurs russes, plus aucun Ainou etc.).

J’ai poursuivi ma descente vers Rausu, le ciel etait bleu, et le mauvais temps avait gagne les montagnes (que de chance finalement!). J’arrivais triomphateur sur Rausu, avec un splendide panorama sur Kunashiri… ireel, magnifique (enfin, chacun ses gouts…). J’ai rejoins le “centre d’observation de Kunashiri”, apres une forte cote sur le cote ouest du village. J’y ai beaucoup appris, notamment par les livres que j’ai eu la chance de pouvoir recuperer. L’appareil photo a mitraille… En fait tout le long de la cote est de Hokkaido, se trouvent plein de petits centres comme cela ou l’on en apprend plus sur les Kouriles. Comme je l’ai deja dit plus haut, dans toute la region, on apercoit souvent des panneaux “publicitaires”, sur la route ou en ville, stipulant “Rendez nous les territoires du nord!”, “N’oubliez jamais les Kouriles” etc… Tout ceci s’officialise evidemment dans ces petits “centres” : Rausu donc, mais aussi Betsukai, Shibetsu et la peninsule de Notsuke, et evidemment Nemuro et tout l’extreme sud-est de Hokkaido. Celui de Rausu propose en plus de jeter un coup d’oeil dans des jumelles (gratuites) ou l’on peut apercevoir toute la cote de Kunashiri, plus le debut de Etorofu quand le temps est tres clair, le village de Rausu a 160 metres en contrebas, le parc et la montagne derriere, mais surtout donc, Kunashiri!!!


On distingue meme deux petits villages sur la cote, des bateaux de pecheurs russes etc. J’ai pris un plaisir presque morbide, un peu comme on peut en avoir a la DMZ entre la Coree du Sud et du Nord, a observer. Kunashiri n’est pourtant pas tres peuple sur ce cote la, non, c’est la face sud qui l’est le plus (le cote sud est plus poissoneux). Enfin, ce qui prevaut pour moi, c’est de voir ses montagnes et sa nature… Vraiment un paysage irreel, tres “fin du monde connu” pour moi…

Le soir tombe (j’esquive!) et je rejoins un terrain de camping en contrebas de ce centre, et juste a cote du seul telesiege de la seule piste de ski du village…. Quand meme, ca doit etre quelque chose de skier avec vue sur la mer prise dans les glaces et Kunashiri au loin… Je monte la tente (en tout il y a 5 tentes et plein d’espaces avec des cerfs qui broutent pas loin) et redescend vers Rausu pour pique niquer sur la plage, toujours en face de l’ile pour laquelle je suis venue. A defaut de plage, je m’installe sur ces gros blocs de betons qui “ornent” les cotes de Hokkaido (j’en avais deja fait l’experience l’an passe a Shiraoi pres de Muroran). En remontant, je tombe sur des Hong Kongais (lui americain, sa femme chinoise, et leurs enfants). La roue arriere de leur voiture est coince dans une gouttiere. Je les aide a en sortir, puis leur indique la direction du camping, qu’ils cherchaient. Je les briefe un peu sur la region. En fait c’est la ou je realise que Hokkaido est quand meme connu internationalement, en tout cas en Asie : ce n’est pas la premiere fois que je rencontre des gens venant de Chine, de Coree, de Taiwan ou de Hong Kong voir d’Australie ne visitant que Hokkaido, “parce que le reste du pays n’a aucun interet en plein ete”… Voila des paroles sensees que j’approuve!



Sur ce je vais me coucher, et comme la veille, je n’ai pas de programme pour le lendemain…
A plus!
tinou