Hokkaidō~Baroud dans l’Ile de Rebun
Ce matin, le ciel est completement degage sur toute la region du nord hokkaidien. Rishiri est magnifique, mais le sommet du Rishiri-zan est toujours couvert de nuages. Apres la randonnee epique d’hier, les mollets aspirent a des sentiers moins rugueux et abrupts. Ca tombe bien : Rebun, notre prochaine etape, est une ile-plateau vallonnee, dont le sommet est a seulement 490 metres. Le minuscule port de Kutsugata sur Rishiri propose un ferry journalier pour Kafuka, principal port de l’Ile de Rebun. La traversee prend une heure et demi.


Nous arrivons en tout debut d’apres-midi. Rebun est en fait une ile longiligne d’une trentaine de kilometres du nord au sud. Un sentier de randonnee le traverse dans le sens de la longeur, du nord au sud. Il se nomme “Hachi-jikan cosu”, ce qui signifie “Parcours de huit heures”, car il faut 8 heures pour le parcourir en entier. Zlathy et moi decidons de nous y attaquer demain. En attendant il nous faut gagner la pointe nord de l’ile (Kafuka est sur le flanc est de Rebun), faire notre ravitaillement, trouver un endroit pour dormir, etc.

Nous prenons alors un bus qui en 30 minutes va nous emmener non loin du Scoton Misaki, ou Cap Scoton, la pointe nord de l’ile. Quelques habitations et un camping : un minimum de civilisation, meme dans les endroits les plus recules du Japon. Ci-dessous, la tente, un igloo vert, plutot petit par rapport aux autres. Ce que vous ne voyez pas sur cette photo, ce sont les corbeaux qui sont en train de manger ce qui est sense etre mon gouter (des donuts peniblement deniche a Kafuka) que Zlathy a mal range dans la tente.

Toujours du meme endroit, si je fais volte face a cet instant precis et que je regarde plein nord, c’est l’Ocean Pacifique Nord qui m’ouvre ses bras :

Vraiment les gens vivant ici ne doivent pas trop etre deranges par le bruit citadin. Vers le sud, c’est le genre de paysage qui nous attends pour demain qui s’ouvre a nous, une autre mer, verte cette fois. J’aime bien le petit corbeau qui semble vouloir proteger son territoire, mais dans le meme temps nous inviter a le decouvrir.

Au loin vers le sud, le Rishiri-zan depasse a l’horizon. Pour ceux qui lisent rapidement ou qui ne se font pas aux noms japonais, je precise que c’est la montagne que nous avons escalade la veille, un volcan situe sur l’Ile de Rishiri. Ici nous sommes sur Rebun a quelques dizaines de kilometres au nord. Ce volcan n’est donc pas sur Rebun.

Le coucher de soleil est egalement tres sympathique vu de cette ile. Decidemment je collectionne les crepuscules du nord d’Hokkaido!

Le lendemain matin nous demontons rapidement la tente et rangeons nos affaires. Nous rejoignons le Cap Scoton, le point le plus au nord de l’ile. Enfin pas tout a fait, car il y a encore quelques ilots encore plus loin comme je le montre sur cette photo :

Voici les toilettes les plus au nord de… Ce n’est pas precise sur l’ecriteau, il faut dire qu’il y a une polemique sur quel est l’endroit le plus au nord du Japon, le Cap Soya au nord ouest de Wakkanai, ou bien le nord de Rebun… Bien sur en vrai si on regarde les latitudes, le Cap Soya sort vainqueur, mais qu’en est t-il de la fierte des pecheurs de Rebun?

Le debut du sentier commence ici. Bon, en vrai, il ne faudra pas vraiment 8 heures pour traverser toute l’ile. Mais en marchant a la japonaise citadine, oui sans doute.

Le decor s’eleve, c’est genial. Voici le Cap Scoton remis dans son contexte de pointe nord de Rebun. Vous pouvez voir aussi que Zlathy est en retard.

Pivot a 180 degres vers le sud : le sentier va grosso modo suivre cette cote ouest de l’ile, en passant tantot par les hauts plateaux, tantot sur les greves desertes et les villages de pecheurs abandonnes.

Nous depassons un groupe de joyeux randonneurs japonais. Vu leur enthousiasme ils viennent surement de la celebre auberge de jeunesse au sud de l’ile, reputee dans tout le Japon pour la joyeusete de son staff, et que nous avons effectivement pu eprouver sur le quai du terminal a Kafuka, ou des membres attendaient les eventuels clients a grand coups de banderoles colorees et de hauts parleurs. On aurait dit l’ecole du cirque. Une joyeuse ambiance que j’aurais bien teste, mais au Japon, meme les auberges de jeunesse ont un cout.

Les decors, spectaculaires, varient aussi. Si vous pretez attention vous remarquerez une petite tache rouge au sommet d’un des rochers. Il s’agit d’un torii, le portail traditionnel des temples shintoistes. Il indique que l’endroit est sacre.


Plus loin un hameau fait son apparition dans une crique. Devant un cabanon desert, ces cagettes en plastique portant des inscriptions en hangul, l’alphabet coreen. Question : elles viennent du Nord ou du Sud?

Le sentier remonte ensuite dans les collines. A partir de la, plus que deux couleurs : bleu et vert.



Midi approche, il commence a faire faim. La cote devient plus rugueuse, et il faut faire vraiment attention ou on pose les pieds pour gagner cette plage en contrebas ou on decide de dejeuner.


A quelques centaines de metres de la, ce village fantomatique, completement desert. Personne, pas une ame qui vive. Les pecheurs sont certainement en mer…

Nous finissons notre boucle dans l’ile en fin d’apres-midi. Nous bifurquons alors sur un sentier qui ceinture l’ile, et nous rejoignons ainsi la cote est de l’ile ou des pecheurs font secher des algues sur la plage. Je remarque immediatement que tous sont plutot ages. Mais en regagnant un petit village sur les hauteurs de Kafuka, l’image d’enfants jouant en bas de chez eux dans leur quartier, m’a touche.


Apres un arret dans une superette, nous rejoignons le port de Kafuka. Le ferry pour Wakkanai part en debut de soiree. A l’interieur j’ai pu assister a des retransmissions des competitions de natation des JO d’Athenes. Ian Thorpe est vraiment un athlete que j’admire beaucoup. Un vrai poisson! Plus tard a Wakkanai, le temps de redescendre vers Sapporo est venu. C’est bientot la rentree des classes, et cette annee a Hokkaido s’acheve. Bien sur les derniers jours seront l’occasion de nombreuses fetes, et c’est avec regrets que je vois cette vie d’etudiant au Japon prendre fin. Je reste convaincu cependant que je reviendrai!
tinou